Commentaire
Carlos Giménez est l’un des plus grands dessinateurs espagnols. En France il a en quelque sorte été "découvert" par Gotlib et il y est publié par Fluide Glacial bien que ses histoires soient plus sociales, tristes et même parfois violentes, que le ton général de Fluide qui est franchement humoristique. Alors qu'il a commencé la BD en dessinant des histoires de super-héros, de cow-boys ou de SF, Carlos Giménez est reconnu comme étant le précurseur européen de l’autobiographie en bande dessinée grâce à sa série Paracuellos, son œuvre majeure (8 tomes parus). Cette dernière traite de son vécu douloureux (maltraitance physique et morale) lors des années passées en Espagne dans des foyers religieux de l'Assistance Publique espagnole franquiste, l’Auxilio Social, ou il a été placé dans les années 40 et 50, de l’âge de 6 à 14 ans.
Au Festival d’Angoulême, Paracuellos a reçu en 1981 le Prix du meilleur album et en 2010 le Prix du patrimoine. Ce dernier prix y est remis chaque année depuis 2004 pour récompenser le travail d'un éditeur de langue française autour de la réédition ou de la première édition d'une œuvre appartenant au patrimoine de la bande dessinée mondiale.
En Espagne, Paracuellos tome 3 a reçu le Prix de la meilleure œuvre et du meilleur scénario au Salón del Cómic de Barcelone en 1999 ainsi que le Grand Prix du Salon de Madrid.
Chaque épisode de Paracuellos est construit autour des rituels avilissants, vexatoires et humiliants dont étaient victimes les enfants dans ces foyers de l'Assistance Publique de l'Espagne franquiste.
Dans cette double planche, les deux premières du tome 3 de Paracuellos, les principaux personnages sont:
- Carlos Gimenez lui-même (appelé ici Pablito Jimenez), qui voulait déjà devenir auteur de BD,
- Le père Rodriguez, directeur du foyer et inventeur de la double baffe (cf. les images additionnelles),
- L'instructeur Antonio, phalangiste et brute intégrale,
- Solana, l'un des autres enfants du foyer, celui qui reçoit les doubles baffes.
Ensuite, ce qui saute aux yeux, c’est la densité des pages (4 strips de 4 à 5 cases par planche) même si par rapport à celles des tomes 1 et 2, Gimenez prend un peu de liberté avec les histoires en deux planches de 20 cases chacune faisant appel au classique gaufrier. Cet aspect compact des planches contribue à renforcer l’atmosphère étouffante du récit, comme si elles ne nous laissaient pas la possibilité de reprendre notre souffle.
Puis, on peut remarquer que les enfants sont assez peu différenciés, ils sont tous représentés tristes, faméliques, avec de grands yeux et de grandes oreilles, comme déshumanisés, quasiment réduits au rang de prisonniers.
Enfin, le personnage représentant l’auteur est nommé dans cette double planche Pablito. Dans les tomes 1 et 2 il s’appelait Carlines. Ceci montre une volonté de ne pas se positioner comme le héros du récit, mais au contraire de se fondre dans le groupe des enfants. Quant au nom de famille de l'auteur (Giménez), il n’est mentionné qu’à très peu de reprises dans la série. Quand il l’est, il est mal orthographié, avec un J (Jimenez, c’est le cas dans ces planches) et non un G.