L’auteur est entre autre un solide créateur d'ambiance et j'en veux pour preuve cette planche d'introduction que j'ai immédiatement trouvé assez hypnotique.
Avec une économie d'effets, sans bulles ni personnages, Hermann arrive à nous projetter dans la froide désolation d’un port ou il place habilement un paquebot qui deviendra au fil des pages le centre de gravité des personnages de son hiver de clown.
La grande case d’introduction en panoramique serré est magnifiée par la création de lignes de forces qui s’equilibrent subtilement. En avant plan, l’axe des bites d’amarrages et de l'arrête du quai situés à gauche de la case rejoignent en une ligne invisible l'axe du mât et de ses cordes penchés partant à droite de la case. L'encrage avec aplats de noir par endroit est lui aussi harmonieusement reparti sur ces deux trajectoires. La mise en situation (ligne de forces et encrage) attire en premier l’oeil et va créer l'effet de perspective. Il faut ensuite projeter le regard entre le mat et son cordage pour "zoomer" avec en ligne de mire le paquebot, endroit incontournable de ce tome, puis le reste du décors. L'arrière plan a lui été sciemment dessiné avec une grande finesse de trait et sans aplats. Il y a juste un soupçon de hachures appliquées au bon endroit (quai du bateau) faisant un rappel du quai en avant plan. L'addition de tous ces procédés technique permet de crėer un effet de boucle, le balayage du regard du lecteur créant la profondeur de champs. CQFD!
Tout semble finalement si simple quand la technique se met au service du talent et de l’experience. Hermann aurait peut être pu devenir metteur en scène ou directeur de la photographie dans une autre vie.
Synopsis :
Jeremiah trace son chemin vers le nord à travers un hiver rigoureux avec sa chęre et tendre Léna. Ils arrivent dans un port abandonné et rencontrent les habitants d'un paquebot réhabilité en arche de noé pour les rejetés de la société. Cette petite communauté déguisée comme dans un cirque semble dirigée par le "maître". Ils proposent l'hospitalité à nos deux amoureux. Mais très vite ces derniers vont se rendre compte que cette gentillesse cache quelque chose de plus sournois. L'angoisse montera crescendo et sera accentuée par le côté burlesque de ces petits personnages.
Nb. C’est à mon avis le seul album sans Kurdy.
Lien sur une analyse de la série par Renaud Chavanne
Critix N°7, automne 1998
http://hermannhuppen.be/wp-content/uploads/2018/11/20-ans-de-politique.pdf