Pour remettre dans le contexte historique la genèse de ce grand roman graphique, 4 juntes militaires ont successivement dirigé l’Argentine sous le nom de “Proceso de Reorganización Nacional” ; du coup d’état du 24 mars 1976 jusqu’à la défaite contre le Royaume Uni dans la guerre des Malouines qui entraina la chute du régime le 10 décembre 1983.
Héctor Oesterheld, ami de Breccia et plus grand scénariste Argentin, (L’Eternaute, Mort Cinder, Ernie Pike, Sergent Kirk..), fut enlevé fin 1977 et ne réapparut jamais. Ses quatre filles militantes de la gauche Peroniste avaient elles aussi été précédemment enlevées, séquestrées et assassinées ainsi que ses petits-enfants et ses beau-fils.
Breccia contacta en 1981 Juan Sasturain (journaliste, écrivain et poète devenu il y a peu de temps directeur de la bibliothèque nationale) afin de lui commander un scénario d’une grande fresque sur l’Amérique Latine sous fonds de répression et résistance pour le lectorat Européen.
Le travail au lavis, le chiaroscuro, le style expressionniste grotesque et le flou des contours de Breccia collent parfaitement à l’atmosphère à la fois mélancolique et oppressive qui mélange clichés (Tango, football) et icônes (J.-L. Borgès, Fidel Castro, Henry Kissinger (« Mr. Whitesnow » dans le texte), Frank Sinatra, et Gabriel Garcia Marquez (« Gabo » dans le texte))
Alberto Breccia déclarera dans "Ombres et lumières" (Vertige Graphic, 1992) ; "La principale raison qui m’a poussé à commencer Perramus a été le besoin de témoigner de tout ce qui s’était passé en Argentine à l’époque de la dictature militaire. C’était mon devoir de le faire. Le dessin c’était, et c’est encore, ma seule arme. Avec cette arme, je proteste. Perramus fut un cri de contestation, un cri de révolte... J’ai réalisé Perramus au lavis, avec plein de nuances de gris, parce que Buenos Aires, pendant la répression, s’éteignait; les contrastes, le noir et le blanc, disparaissaient. La ville devenait grise, perdait son âme. Tout était gris de peur et de silence. Dans cette période fleurissaient lâcheté et égoïsme : c’était la complicité du silence. Si le peuple s’était révolté cela ne serait pas arrivé. Il y aurait peut-être eu une véritable boucherie, mais dans une lutte à visage découvert; sans tortures, sans enlèvements, sans vols.”
- Prix d’Amnesty International 1989 pour la meilleure œuvre en faveur des Droits de l’Homme (devant Maus de Art Spiegelman)
- Lien sur une analyse du roman par la Cité Internationale de la bande dessiné et de l’image
http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article626